5 fév

C’est le JOUR et la NUIT

Categorie: Harmonie 1

l’harmonie Sylvie Sieg, CONCEPTRICE-LUMIERE

Sylvie Sieg fait un drôle de métier : sa matière première, c’est la lumière ; son talent, c’est de savoir lui parler … Concepteur-lumière : un « vrai » métier tout récent, mal « officialisé » en France (on ne trouve pas de rubrique dans les Pages Jaunes, c’est un signe …), et finalement peu fréquenté. A peine une cinquantaine de confrères en France, pas de formation dédiée, mais une solide passion avouée …

ombre-lumiere

« Je suis architecte DPLG, mais je me suis installée dès la fin de mes études (école d’archi de Nantes en 95) comme « conceptrice-lumière » … Utiliser un concepteur-lumière n’est pas encore un réflexe pour les maîtres d’œuvre, mais cela viendra. Nous venons d’horizons très différents (industrie, architecture, cinéma, théatre, scénographie …) et nous tentons, à travers notre Association des Concepteurs-lumière et Eclairagistes de faire comprendre la valeur ajoutée artistique, technique et financière de notre métier. »

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT

« Personnellement, je trouve que la nuit est attirante … Une ville plutôt moyenne le jour peut devenir magique la nuit. Je pense vraiment que notre métier consiste à profiter de la nuit pour faire découvrir une autre ville, pour dévoiler des choses invisibles; il est possible, par exemple, de rendre attirants des endroits qui sont le jour tout à fait insécurisants … Avec une énorme contrainte cependant : il s’agit de ne jamais défigurer le paysage de jour, et la nuit, nul ne doit être attiré par les sources de lumière. Seule compte la matière éclairée. »

En effet, Sylvie Sieg n’intervient pas dans le design de matériel d’éclairage. Comme ses confrères, son métier revient à considérer l’obscurité comme une sorte d’associé, un fidèle partenaire technique, pour mettre en valeur parcours urbains ou patrimoine historique. Et souvent, le travail sur la lumière, véritable sculpture, dépasse le simple cadre de la « mise en valeur » pour lorgner vers la pure création d’un nouvel ensemble qui renaîtra, nuit aprés nuit, sans avoir perturbé le monde diurne …

Vivement ce soir …

« La lumière naturelle varie au fil des heures et des saisons ; à la fin d’une année, les sensations qu’elle nous procure se sont accumulées dans nos mémoires, et nous apporte l’équilibre physiologique et psychologique qui nous est vital.

La lumière artificielle, dans la majeure partie des cas, varie peu. Elle doit donc être conçue et travaillée pour créé un équilibre immédiat. De la même façon qu’il nous faut des pleins pour nous abriter et des vides pour nous mouvoir, il nous faut de la lumière pour exister et de l’ombre pour nous reposer.

L’ombre et la lumière co-existent, et n’ont pas d’intérêt l’une sans l’autre, car aucune confrontation n’est alors possible.

Pour cela, les contrastes engendrés par la lumière émise sont aussi importants que les proportions entre l’ombre et la lumière. Les mi-teintes, la pénombre révèlent les formes d’un objet ou d’un espace pour donner à voir l’essentiel, ne dit-on pas qu’un bon jardinier taille son jardin au clair de lune …

Qu’est ce que l’ombre sans le moindre éclat, ou la lumière sans la moindre épaisseur ? Travailler avec la lumière sous entend de penser au sujet en clair obscur. Quelle va être sa part d’ombre ?

Ce qu’on révèle est aussi important que ce qu’on cache, car l’ombre comme la lumière sont des supports de l’imaginaire. Quand on projette sur un espace la nuit, une lumière texturée, inégale ou partielle, l’image du sujet devient différente de celle visible le jour. L’oeil découvre des volumes choisis, des profondeurs insoupçonnées, tout en oubliant l’ensemble du cadre. La lumière et l’ombre permettent, selon les cas, d’épurer ou de tapisser, d’isoler ou de relier, de révéler ou de cacher.

Le rôle de la lumière n’est-il pas de donner du relief aux choses qui nous entourent, en leur donnant des visages diurnes et nocturnes différents ?

La lumière participe à crée une ambiance nocturne qui doit être, selon les cas, conviviale à vivre, agréable à contempler ou encore surprenante à traverser. Les directions données à la lumière sont primordiales pour le confort et le ressenti, pour la magie du résultat.

Enfin les couleurs ou les non couleurs sont essentielles. La lumière peut retranscrire la couleur réelle du support sur lequel elle se pose, créer des monochromes ou jouer sur des longueurs d’ondes très éloignées. Ces éléments travaillés seuls, risquent de manquer de profondeur. Le sens est essentiel si on ne souhaite pas simplement la nuit surenchérir un paysage diurne jugé souvent trop fade ou inexistant par notre société dévoreuse d’images.

La manipulation de ces différentes caractéristiques de la lumière amène à l’équilibre d’une vision nocturne ou à une harmonie sensorielle. »

Sylvie Sieg en quelques mises en lumière : laPorte de Bourgogne à Bordeaux, Les Jardins Du Monde (Royan),Les Granges de Port-Royal (St-Quentin en Yvelines), Le Chateau des Ducs de Bretagne …

Contact : 04 73 29 91 15. Informations sur le rôle du concepteur lumière sur www.ace-fr.org

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